Les 1 600 salariés de Place du Marché se préparent à la fermeture : « Il n’y a aucun respect des dix-sept ans qu’on a faits pour eux ! »

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Manifestation des salariés du site d’Argentan (Orne), devant devant le site de Place du Marché, pour bloquer les sorties des camions, le 5 janvier 2023.

Alors qu’elle racontait comment elle avait rejoint, en 2005, la chaîne de conditionnement de produits surgelés de Toupargel, à Argentan (Orne), Karline Geslot, 48 ans, déléguée FO, a levé les yeux vers le bâtiment. Un long regard mélancolique. Qui disait tant de ce que représentait pour elle ce bloc gris qu’elle a vu sortir de terre.

« A l’ouverture, on n’était pas nombreux. On voyait ça comme une famille, qu’on a vue grandir, raconte-t-elle. On n’a pas regardé nos heures supplémentaires, nos nuits jusqu’à 1 heure du matin, nos dimanches, parfois, pour voir, au bout de dix-huit ans, la mort de notre entreprise. Et pour nous, du mépris. C’est un goût amer… L’impression d’être un simple numéro. Qu’on a pris, qu’on jette. »

Comme elle, les 1 600 salariés de la société de livraison à domicile de produits alimentaires frais et surgelés Place du Marché (ex-Toupargel) ne se font guère d’illusion sur la décision du tribunal de commerce de Lyon, mercredi 11 janvier : faute de repreneur, ce sera la liquidation judiciaire, comme pour les sociétés sœurs, Touparlog et Eismann (300 salariés). Trois ans après leur reprise, dans le cadre, déjà, d’une procédure de redressement judiciaire, par la société Agihold, des frères Léo et Patrick Bahadourian, cofondateurs et actionnaires de l’enseigne Grand Frais.

Crise sanitaire et vague d’inflation

Les télévendeurs ont déjà prévenu les clients, également informés de la « fin d’activité » par courriel, le 4 janvier. Le site Placedumarche.fr est désormais « indisponible ».

Ci-gît la success story bâtie dans les années 1980 par la famille Tchenio sur un modèle qui avait su trouver sa clientèle, notamment en milieu rural : des commandes par téléphone de surgelés livrés à domicile. L’entreprise a grandi dans les années 2000 par l’acquisition de concurrents, comme Agrigel. Mais elle a raté le virage d’Internet : ses clients sont passés de 1,3 million, en 2011, à 238 000, en 2017, selon une source proche de la direction. Aujourd’hui, l’entreprise, ce sont encore 110 agences en France et trois plates-formes de préparation de commandes : Argentan, Montauban et Chalon-sur-Saône (Saône-et-Loire).

Place du Marché s’est refusé à tout commentaire avant le jugement. Mais, lors de sa demande de placement en procédure de sauvegarde, fin octobre 2022, elle avait indiqué à l’AFP faire face à « des éléments extérieurs imprévisibles et incontrôlables », comme la crise sanitaire, qui a perturbé son approvisionnement, et la vague d’inflation. « Le financement du projet initialement prévu à la reprise a été in fine plus que doublé, afin de combler les pertes de démarrage imprévues », précisait-elle. Les actionnaires auraient investi plus de 50 millions d’euros.

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