Médicaments : le défi de la relocalisation

Get real time updates directly on you device, subscribe now.

Sur le site de Roussillon (Isère), l’heure est aux grandes manœuvres. « Les travaux de recherche et développement sont achevés. Nous allons entamer, cette année, la prochaine étape : la construction de l’unité de production », détaille Pierre Luzeau, président de Seqens. Avec une capacité annuelle de production de 15 000 tonnes, la future usine permettra, lors de sa mise en service, prévue à la fin de 2025, de couvrir la moitié des besoins en paracétamol de l’Europe. Tout un symbole. La fabrication de ce principe actif, un basique des armoires à pharmacies que l’on retrouve en France sous les marques Doliprane ou Efferalgan, avait déserté le pays depuis près de quinze ans, au profit, notamment, de la Chine et de l’Inde.

Un premier pas dans le projet de « reconquête sanitaire » annoncé par Emmanuel Macron, le 16 juin 2020. En pleine épidémie de Covid-19, le président de la République avait alors promis de rapatrier sur le sol national la production de certains médicaments critiques, afin d’en garantir la disponibilité aux patients français.

Dans la foulée, des dispositifs d’aides devaient être mis en place pour soutenir financièrement les efforts des industriels. Dont acte, avec le plan France Relance et l’appel à manifestation d’intérêt baptisé « Capacity Building ». « Le coût du projet sur le paracétamol est d’environ 100 millions d’euros, dont près d’un tiers est financé par l’Etat. Sans cette subvention, nous ne l’aurions jamais fait », confesse M. Luzeau.

Si le mouvement est enclenché, il reste toutefois, deux ans et demi après, encore timide. Sur les 106 projets labellisés France Relance et destinés à « renforcer la chaîne de valeur de médicaments », seuls 18 concernent réellement une relocalisation de la production de principes actifs sur le territoire national. Au total, cela représente « au moins 35 principes actifs », précise Bercy.

Parmi eux figure celui du spécialiste de la chimie fine, Axyntis, qui prévoit, entre autres, de produire de l’adrénaline et de la noradrénaline, deux molécules cruciales en réanimation, qui ont frisé la pénurie, au printemps 2020. Le laboratoire Pierre Fabre travaille sur le Mektovi, un anticancéreux qu’il commercialise. « Nous produirons bientôt son principe actif, le binimetinib, en interne sur notre site de Gaillac [Tarn] », explique Marc Urbain, directeur industries du groupe. Le francilien Diverchim sécurisera, de son côté, la fabrication de plusieurs curares et anesthésiques.

« Cela demande du temps »

« Le mouvement est en cours, mais cela demande du temps. Entre la recherche et le développement sur les procédés de synthèse du principe actif, la mise en place de l’outil industriel et les contrôles qualité, il faut compter, en moyenne, entre trois et quatre ans avant de pouvoir commercialiser un produit », observe Vincent Touraille, président du Syndicat de l’industrie chimique organique de synthèse et de la biochimie (Sicos).

Il vous reste 60.5% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.