Réforme des retraites : « La communication à plusieurs tiroirs du gouvernement a contribué à brouiller le message »

Get real time updates directly on you device, subscribe now.

La première ministre, Elisabeth Borne, et son gouvernement arrivent à l'Elysée pour participer au premier conseil des ministres de l'année, à Paris, le 4 janvier 2023.

C’est la règle d’or de la publicité et du marketing. Pour vendre un produit, il est déconseillé de multiplier les messages pour n’en choisir qu’un seul, unique, fort et facilement compréhensible, au nom de la fameuse « USP » (« unique selling proposition » ou « proposition de vente unique »), théorisée en 1961 par l’Américain Rosser Reeves dans son livre Reality in advertising (Le Réalisme et la Publicité, Dunod, 1963 pour la traduction française). Une règle que n’a pas suivie le gouvernement, pourtant soucieux d’habiller au mieux une réforme des retraites impopulaire, afin d’en faire comprendre aux Français la nécessité.

Emmanuel Macron lui-même a multiplié les arguments. En septembre 2022, il assurait que cette réforme était indispensable pour se donner des marges budgétaires et « investir massivement » dans la transition écologique, l’école et l’hôpital. « C’est simple, si nous ne réglons pas le problème des retraites, nous ne pouvons pas investir pour le reste », plaidait-il. A l’automne 2021, il expliquait que la réforme pourrait servir à financer la loi sur le grand âge.

Même discours du côté du ministre de l’économie, Bruno Le Maire, qui, en septembre sur France Inter, abondait : « Il faut bien financer nos hôpitaux, nos collèges, nos lycées, nos universités, et c’est la réforme des retraites qui permettra de garantir ce financement. » Le surplus de travail induit par un relèvement de l’âge de départ permettra de « financer nos politiques industrielles, de transition écologique ou sociale », se félicitait, à son tour, son collègue du budget, Gabriel Attal.

« Dites à vos ministres d’arrêter d’affirmer que la réforme des retraites servira à financer autre chose que les retraites !, s’est agacé Olivier Marleix devant la première ministre, Elisabeth Borne, à Matignon. Vous créez une ambiguïté sur le sens du projet, et cela parasite votre message, vis-à-vis de l’opinion et des syndicats. » Pour le chef de file des députés Les Républicains, « il n’est pas possible de demander aux Français de travailler plus pour réparer l’incurie budgétaire de l’Etat », celui-ci pouvant commencer par « s’imposer à lui-même des économies ».

Vendredi, lors d’un tête-à-tête, la cheffe du gouvernement lui a assuré que l’argent dégagé par la réforme irait aux retraites, et c’est tout. « Soyons clairs : chaque euro issu de la réforme des retraites ira aux retraites », a réaffirmé M. Attal dans le Journal du dimanche, le 8 janvier. Le chef de l’Etat avait lui-même changé de pied lors de ses vœux du 31 décembre et développé un autre argument, justifiant d’abord la réforme par la nécessité de sauver un régime des retraites décrit comme asphyxié.

Il vous reste 39.77% de cet article à lire. La suite est réservée aux abonnés.