Réforme des retraites : le report de l’âge légal, seule option pour « sauver » le système par répartition ?

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Olivier Dussopt, ministre du travail, lors d’une visite à l’école d’ingénieurs de l’Institut catholique d’arts et métiers, à Toulouse, le 21 octobre 2022.

Dans les éléments de langage martelés par l’exécutif, tout laisse à penser qu’il n’y a pas d’alternative : pour « sauver » notre système de retraites, « on doit progressivement travailler plus longtemps ». La première ministre, Elisabeth Borne, l’a affirmé dans un entretien accordé au Parisien, le 2 décembre 2022, s’inscrivant dans la droite ligne d’une rhétorique développée depuis plus d’un an par Emmanuel Macron. Le scénario privilégié aujourd’hui par l’équipe au pouvoir consiste à reporter l’âge à partir duquel la pension peut commencer à être versée.

Le curseur sera-t-il poussé de 62 ans à 64 ans ou jusqu’à 65 ans, conformément à un engagement de campagne du chef de l’Etat ? Cette inconnue devrait être levée, mardi 10 janvier, lorsque le gouvernement dévoilera les grandes lignes de son projet.

Mais l’option, qui sera finalement choisie, suscite déjà – et va continuer de susciter – la controverse, tous les syndicats et les partis de gauche y étant hostiles, ainsi que l’extrême droite et quelques individualités de droite. Les opposants à la réforme reprochent, en substance, à Emmanuel Macron et à Elisabeth Borne de noircir le tableau pour justifier des mesures douloureuses, qui pénalisent les plus modestes et ne mettent à contribution que les actifs, alors qu’il y a d’autres solutions.

Dans ce débat miné sur une thématique complexe, plusieurs questions sont soulevées. Quel est l’état des lieux, tout d’abord ? Le dernier rapport du Conseil d’orientation des retraites (COR), publié en septembre 2022, montre que les perspectives ne sont pas bonnes, même si elles « ne valident pas le bien-fondé des discours qui mettent en avant l’idée d’une dynamique non contrôlée des dépenses de retraite ». Le système a renoué avec les excédents en 2021 (+ 900 millions d’euros) et devrait se maintenir dans le vert en 2022 (+ 3,2 milliards d’euros). Cependant, le solde entre recettes et dépenses devrait redevenir négatif dès 2023 et sur un laps de temps plus ou moins long suivant les hypothèses passées en revue.

Dans l’option la plus favorable, le déficit serait résorbé « vers le milieu des années 2030 », d’après le COR. Mais si on prend comme convention celle qui correspond aux règles et usages actuels, le retour à la ligne de flottaison serait plus lointain : au milieu des années 2050. Surtout, il ne se produirait que dans la configuration la plus optimiste, avec une productivité de + 1,6 % par an. Si ce taux de croissance était de + 0,7 % (soit la valeur moyenne observée sur 2009-2019) ou même de + 1 %, les comptes seraient constamment dans le rouge.

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