Patrick Weil : « La concentration des pouvoirs aux mains du président de la République asphyxie la démocratie »

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La Ve République est en crise, et ceux qui ont le pouvoir et la possibilité de résoudre cette crise regardent ailleurs. Pour la première fois dans l’histoire de cette République, un président tout juste élu s’est vu privé d’une majorité à l’Assemblée nationale. Or, c’est précisément pour éviter cette situation que le quinquennat a été institué, en 2000. La France était alors en cohabitation. En 1997, deux ans après son élection à la présidence, les Français avaient envoyé à Jacques Chirac une majorité de gauche à l’Assemblée nationale. Le pouvoir exécutif n’était plus à l’Elysée mais à Matignon, chez le premier ministre Lionel Jospin. Le pouvoir était cependant partagé : le président s’occupait aussi de politique étrangère et de défense, le gouvernement était une équipe de personnalités plurielles que le Parlement contrôlait.

La cohabitation était populaire chez les Français. Le décalage entre la durée du mandat des députés – cinq ans – et celle du président – sept ans – contraignait ce dernier à une élection législative « intermédiaire ». C’était le moment – le seul – où la responsabilité politique du président était soumise au verdict populaire. Les Français avaient trouvé le moyen de contrôler le président et de contrebalancer ses pouvoirs. Un mandat présidentiel plus long que celui des députés permettait aussi au chef de l’Etat de s’élever au-dessus des stricts enjeux de pouvoir partisan et personnel, de mieux incarner l’intérêt national, l’intégrité de l’Etat et les valeurs de la République.

En 2000, nos dirigeants d’alors ont vendu aux Français le fait qu’il était plus démocratique d’élire le président tous les cinq ans plutôt que tous les sept ans. Ils les ont trompés. L’élection législative dans la foulée de l’élection présidentielle, et pour une durée identique de cinq ans, ne visait qu’à garantir un pouvoir sans partage. Dès lors, le président, doté d’une majorité parlementaire, devenait chef direct du gouvernement et des députés, cumulant les fonctions de président et de premier ministre puis, avec Emmanuel Macron, de tous les ministres et secrétaires d’Etat réunis.

Séparer les pouvoirs

Ce régime de cumul et de confusion des pouvoirs, concentré à l’extrême à l’Elysée, les Français ont voulu y mettre un terme lors des élections législatives de 2022. Car, créant l’embolie dans l’Etat, rabaissant tous les pouvoirs publics, il asphyxie la démocratie. Mais les nouveaux députés ont-ils compris le message des électrices et des électeurs ? Comme drogués au régime du pouvoir personnel, ils ne semblent préoccupés qu’à préparer son prochain retour, soit autour d’Emmanuel Macron après une dissolution réussie, soit autour d’un(e) autre président(e) après une dissolution ratée, ou en 2027 à la prochaine présidentielle. Pourtant, hier comme aujourd’hui, la volonté des Français est claire : il faut rééquilibrer et séparer les pouvoirs.

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