Economie du livre : décroissance contenue en 2022

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Vitrine de la librairie Les Immortels, quai Conti, à Paris.

C’est un ouvrage épais, cher, sur des sujets très sérieux et assez techniques : l’énergie, le climat. Et pourtant… Le Monde sans fin (Dargaud), cette bande dessinée dans laquelle l’ingénieur Jean-Marc Jancovici et le dessinateur Christophe Blain ­expliquent pourquoi nous n’éviterons pas la décroissance, a été le livre le plus vendu en France en 2022, surclassant largement les romans de Guillaume Musso ou de Michel Houellebecq. Quelque 514 000 exemplaires ont été écoulés en un an, selon le baromètre GfK-Livres hebdo. « Et, avec les ventes réalisées en 2021, on est à plus de 750 000 livres sortis d’entrepôt », se réjouit Claude de Saint-Vincent, directeur général du groupe Média-Parti­cipations, propriétaire, entre autres, de Dargaud. « Dire qu’à l’automne 2021 on avait hésité à en mettre en place 45 000… Mais le livre a rencontré une vraie préoccupation de la société. » Le succès de cet album a été tel qu’avant les fêtes, des ­activistes l’ont pris pour cible. Se présentant comme envoyés par Dargaud, ils ont déposé chez de nombreux libraires des errata à glisser dans les pages. Des faux, visant à dénoncer les « intox » en faveur du ­nucléaire que Jean-Marc ­Jancovici est ­accusé de propager. L’éditeur a déposé une plainte. L’éditeur a déposé une plainte.

Peut-on échapper à la décroissance ? Le sujet du Monde sans fin est aussi ­celui qui taraude les professionnels du livre. Car le succès inattendu de cet ­album malin, dans lequel le polytechnicien Jancovici croise Clint Eastwood et Maître Yoda, ne doit pas cacher la réalité : après une hausse exceptionnelle en 2021, les ventes de livres ont ­retrouvé en 2022 leur tendance à la baisse. Autour de 335 millions d’exemplaires ont été écoulés en un an, soit 5 % de moins qu’en 2021, selon la société d’analyse GfK. En valeur, le marché s’est tassé de 3 %, à 4 milliards d’euros. « Elections, guerre en Ukraine, problèmes de pouvoir d’achat, l’année a vu s’accumuler les facteurs négatifs, et le marché s’est révélé très difficile », constate Michèle Benbunan, d’Editis, numéro deux français derrière Hachette. Les librairies ont été moins fréquentées, la vente en ligne a reculé d’environ 20 %, celle dans les grandes surfaces alimentaires de 11 %.

« Le marché du livre a très bien résisté »

Est-ce la reprise d’un déclin inexo­rable ? Pas si sûr. En 2020 et 2021, le monde de l’édition avait bénéficié d’une embellie surprise liée à la pan­démie de Covid-19. Voyages interdits, théâtres, cinémas et musées fermés : les Français s’étaient repliés sur le livre, l’un des rares biens culturels restés ­disponibles. C’est ainsi que L’Anomalie, d’Hervé Le Tellier (Gallimard, 2020), a battu tous les records des prix Goncourt, et dépassé le million d’exemplaires. La concurrence étant revenue dans le monde culturel, il était logique que le marché du livre se tasse un peu.

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