Réforme des retraites : « Forcer les perdants de la mondialisation à travailler plus longtemps va attiser la colère sociale qui nourrit le RN »

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Quel sera le coût politique de la réforme des retraites présentée par le gouvernement ? Son enjeu budgétaire est connu : faire faire des économies rapides au système de retraite, au prix de mois puis d’années supplémentaires de travail imposées aux Français. Quant à l’enjeu politique de la réforme, il semble être d’afficher une volonté réformatrice, de piéger la droite républicaine, et de passer sans trop d’encombre l’hiver des manifestations. L’histoire et la comparaison des réformes des retraites nous enseignent cependant que les conséquences politiques des réformes impopulaires se mesurent à moyen terme, dans les élections qui suivent les mesures annoncées.

Ainsi, le plan Juppé en 1995, qui prévoyait un alignement des régimes spéciaux de retraite sur les nouvelles règles imposées au privé en 1993 – qui a provoqué de nombreuses manifestations à l’automne 1995 et une « grève par procuration » des Français –, a entraîné la perte des élections législatives par la droite après la dissolution de 1997, alors que le premier ministre, Alain Juppé, avait dû renoncer à ses projets. Ce furent la gauche plurielle de Lionel Jospin, et le Front national, parvenu au second tour de l’élection présidentielle de 2002, qui bénéficièrent de ce résultat. En 2007, Nicolas Sarkozy imposa une réforme des régimes spéciaux, puis une réforme inattendue de l’âge de départ à la retraite (de 60 à 62 ans), en 2010. Il n’a pas réussi à se faire réélire en 2012, et l’opposition, encore la gauche, a accédé au pouvoir.

François Hollande avait promis de revenir sur la réforme de 2010, mais celle adoptée en 2013 (dite « réforme Touraine ») a maintenu les 62 ans (avec cependant la possibilité de départ plus précoce), a décidé du passage à quarante-trois ans de cotisations pour une retraite à taux plein (d’ici à 2035) et a gelé la revalorisation du niveau des retraites pendant plusieurs années. Ce retournement de promesses électorales a participé à l’affaissement de la gauche institutionnelle au profit des partis de la rupture : La France insoumise, le Rassemblement national (RN) et En marche !, qui a gagné les élections de 2017 et de justesse la présidentielle de 2022 (mais pas les législatives).

Les moins qualifiés, les plus touchés

Qui sera, dans ces conditions, le gagnant politique du passage à la hussarde d’une réforme impopulaire lors des élections de 2027 ? La principale opposition à la majorité actuelle n’est pas la gauche, mais le RN. Marine Le Pen a pris soin de s’opposer à cette réforme. C’est logique, puisque ses électeurs seront parmi les plus touchés. En effet, les études électorales montrent que le RN est le premier parti chez les ouvriers. Or ils figurent parmi les catégories sociales qui commencent à travailler le plus tôt et sont donc susceptibles d’avoir accumulé assez de cotisations autour de 62 ans, ce qui les mènera à travailler « gratuitement » (sans gagner de nouveaux droits à retraite). Ils sont aussi nombreux à faire partie des « ni en emploi ni en retraite », ces Français qui ont dû quitter le marché du travail avant 62 ans, et qui ne comprennent pas qu’on demande de travailler plus longtemps alors que les entreprises ont cherché à se débarrasser d’eux avant l’âge légal de départ.

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