États-Unis : la vidéo de l’arrestation fatale de Tyre Nichols secoue le pays

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La vidéo est décrite comme « épouvantable ». On y voit l’arrestation brutale par cinq policiers d’un Afro-Américain de 29 ans mort trois jours après ce violent passage à tabac dans la ville américaine de Memphis. Et pourtant, celle-ci va être diffusée en fin de journée, vendredi 27 janvier. Dès lors, la ville se prépare à des manifestations d’ampleur.

Les images publiées vendredi par la police de Memphis montrent crûment l’insoutenable brutalité de l’arrestation de l’Afro-Américain Tyre Nichols et l’acharnement des cinq policiers qui le battent au sol. Sur plus d’une heure de vidéo, trois minutes captées par une caméra placée en hauteur concentrent les nombreux coups de poing, de pied et de matraque portés par un groupe d’agents contre cet homme de 29 ans sur un coin de trottoir, dans le halo des gyrophares de police. Les premières images, capturées par les caméras-piétons des policiers, les montrent au volant, pourchassant une voiture.

Tyre Nichols est à terre, maintenu par deux policiers. L’un d’entre eux lui donne un premier coup de genou, c’est le début d’un tabassage en règle. Un troisième policier s’approche, matraque en main et frappe à deux reprises l’homme à terre. Un quatrième s’avance au moment où ses collègues parviennent à redresser Tyre Nichols. Et lui aussi frappe, mais avec les poings, à cinq reprises, directement au visage de celui qu’il est censé interpeller. Les coups pleuvent, il reste un moment debout avant de s’écrouler à terre.

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S’ensuivent de longues secondes où l’homme gesticule au sol avant qu’il ne soit traîné jusqu’à une voiture où les policiers vont tenter en vain de le maintenir assis, adossé à la portière. Un bref moment, la caméra passe sur son visage, il est tuméfié et couvert de sang. La dernière image montre le gyrophare d’une ambulance, qui n’arrive qu’au bout d’une vingtaine de minutes. Trois jours après ce passage à tabac, Tyler Nichols meurt dans un hôpital de Memphis.

Un lien évident avec la mort de George Floyd

Signe que l’affaire est potentiellement explosive, le président Joe Biden a même appelé à ce que les rassemblements soient « pacifiques » et les plus hauts responsables ont condamné ce drame dans les termes les plus forts. Car la mort de Tyre Nichols rappelle celle de l’Afro-Américain George Floyd, tué par un policier en mai 2020. Des manifestations contre le racisme et les violences policières avaient alors embrasé le pays, fédérées autour du slogan « Black Lives Matter » (« Les vies noires comptent »).

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« Quand mon mari et moi sommes arrivés à l’hôpital et que j’ai vu mon fils, il était déjà mort. Ils l’avaient réduit en bouillie. Il avait des bleus partout, sa tête était enflée comme une pastèque », a raconté en larmes RowVaughn Wells, la mère de Tyre Nichols, dans une interview diffusée vendredi par la chaîne CNN.

La cheffe de la police de Memphis, Cerelyn Davis, a prévenu que la vidéo montrant l’interpellation de cet homme pour une simple infraction au Code de la route était « comparable, voire pire », à celle montrant l’arrestation policière violente de Rodney King en 1991. L’acquittement, un an plus tard, des quatre policiers impliqués déclencha des émeutes sans précédent à Los Angeles.

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Dans les rues du centre de Memphis, des policiers patrouillaient vendredi à cheval. Dès 18 heures vendredi soir (1 heure du matin à Paris samedi), les quelques dizaines de manifestants se mettent en branle aux cris de « Pas de justice, pas de paix ». Ils parviennent rapidement à bloquer un axe majeur de la ville, provoquant d’importants bouchons. « Si nous avons décidé de venir là ce soir, c’est d’abord parce que la famille [de Tyre Nichols] nous a [dit] que si nous manifestions, nous devions le faire pacifiquement », déclare LJ Abraham, une militante associative de Memphis.

Les policiers licenciés, inculpés, écroués et… libérés

Le 7 janvier, des policiers avaient voulu contrôler Tyre Nichols pour une infraction routière. Une « confrontation avait eu lieu » avec les agents et « le suspect s’était enfui », selon les forces de l’ordre. Rattrapé, Tyre Nichols avait été interpellé dans des circonstances que les autorités ont pour l’instant évité de décrire précisément.

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Le déroulé précis des faits et leur durée restent sources de questions, tout comme le temps écoulé avant que la victime ne bénéficie de soins médicaux. Se plaignant d’avoir du mal à respirer, hospitalisé, Tyre Nichols est décédé trois jours plus tard. Les cinq policiers ont été licenciés, inculpés pour meurtre et écroués. Quatre d’entre eux ont ensuite été libérés sous caution.

« En un mot, c’est absolument épouvantable », a dit au sujet de la vidéo David Rausch, le directeur du Tennessee Bureau of Investigation, qui a enquêté sur l’arrestation. Le directeur du FBI, Christopher Wray, s’est lui dit « horrifié », et Joe Biden a réclamé une « enquête rapide, complète et transparente ».

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Le révérend Al Sharpton, célèbre figure de la lutte pour les droits civiques, a dit avoir parlé avec la famille de Tyre Nichols et avoir l’intention de se rendre à Memphis dans les jours à venir. « Le fait que ces agents [de police] soient noirs rend l’événement encore plus choquant pour nous qui faisons partie du mouvement des droits civiques. Ces agents ne devraient pas être autorisés à cacher leurs actes derrière le fait qu’ils sont noirs. Nous sommes contre toutes les violences policières, pas seulement contre les violences policières commises par des Blancs », a-t-il dit dans un communiqué.

À Memphis, mais aussi dans la capitale, Washington, et dans d’autres villes du pays, les forces de l’ordre se préparaient à de possibles manifestations. Joe Biden a parlé vendredi à RowVaughn Wells et Rodney Wells, la mère et le beau-père de Tyre Nichols. Le président américain leur a « directement fait part de ses condoléances » et a « salué leur courage et leur force », a indiqué la présidence, quelques heures avant la publication de la vidéo de l’arrestation.

Source: lepoint.fr