Réforme des retraites : les « Rosies » renfilent leur bleu de travail

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Des « Rosies » répètent dans un local, à Paris, le 30 janvier 2023.

Trois coups de poing en l’air, huit mouvements des genoux. Puis deux claps des mains, à droite, à gauche, et le poing levé, en sautant. Véronique Vite s’applique à suivre la chorégraphie. « Celles qui la connaissent peuvent passer devant », suggère la sexagénaire en se glissant derrière une dizaine de femmes et un homme. A la veille de la manifestation contre la réforme des retraites du 31 janvier, dans un local parisien reconverti en studio de répétition, l’ancienne professeure de yoga fait ses premiers pas au sein des « Rosies ».

Il lui faut encore dénicher un bleu de travail, un turban rouge et des gants de vaisselle. L’uniforme de ces manifestantes qui, depuis 2019, dénoncent en dansant les effets négatifs pour les femmes des projets de réforme des retraites. Leur look s’inspire de Rosie la riveteuse, ouvrière américaine de l’armement dans les années 1940, devenue icône féministe avec son biceps bandé surmonté du slogan « We can do it ! ».

Véronique Vite n’est syndiquée ni encartée nulle part, bien qu’elle « descende dans la rue quand il le faut ». Le projet de réforme des retraites le justifie, selon elle. « Moi qui ai passé des années au RSA [revenu de solidarité active] avant de pouvoir partir à 62 ans, je suis sensible au sort des seniors qui ne trouvent pas de travail. »

D’habitude, elle manifeste en remontant les cortèges, le long du trottoir. « C’est comme ça que j’ai découvert les Rosies, se souvient-elle. L’idée d’apporter de la joie au mouvement m’a plu. » Début 2020, les protestations contre le premier projet de réforme d’Emmanuel Macron font essaimer cette troupe féminine créée par l’association Attac.

« Une revanche de la vie face aux politiques mortifères »

Son premier fait d’armes est alors un clip qui contredit la promesse du gouvernement selon laquelle les femmes seraient les « grandes gagnantes » de la réforme. « Ta retraite à points n’aime pas les petits jobs en pointillé/Moi, tu vois, je veux être autonome/A cause de Macron/C’est la baisse des pensions/Pour Fatou et Marion »… Validé par les réseaux sociaux, relayé par les syndicats, le tube, parodie d’un refrain des années 1980, s’ancre dans la tête des manifestants.

Longtemps dans l’angle mort, les inégalités subies par les femmes à la retraite, avec des pensions inférieures à celles des hommes de 40 % en moyenne, percent doucement dans les débats. « Au début, on dansait le long des manifs. Mais les gens étaient si nombreux à s’arrêter qu’on s’est fait engueuler par les syndicats parce qu’on bloquait le passage ! On a fini par rejoindre les cortèges », se souvient Chris Begneux, 67 ans. La Rosie historique, longiligne dans son bleu parsemé d’autocollants militants, prend une pause pendant les répétitions. Une main récemment opérée restreint ses mouvements, mais « savoir qu’on relance les Rosies [lui] fait un bien fou ».

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