Sommet européen : sur le nucléaire et la fin des moteurs thermiques, les différends persistent entre la France et l’Allemagne

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Le chancelier allemand, Olaf Scholz (à gauche), et le président français, Emmanuel Macron, à l’Elysée, le 10 décembre 2021.

Alors que la guerre en Ukraine semble devoir durer et que les Vingt-Sept en gèrent désormais les conséquences de manière quotidienne, la réunion des chefs d’Etat et de gouvernement européens à Bruxelles, jeudi 23 et vendredi 24 mars, n’appelait pas de décision immédiate. Les sujets à l’ordre du jour – l’Ukraine et notamment des livraisons de munitions, la compétitivité, le commerce, l’immigration ou encore l’énergie – étaient nombreux, stratégiques et, pour certains, clivants, mais aucun ne nécessitait d’être tranché de manière urgente. « C’est un sommet de transition, reconnaît un diplomate, mais il est utile que les leaders se parlent pour maintenir le consensus. L’Ukraine reste en toile de fond. »

Dans ce contexte, les dissensions entre Paris et Berlin sont revenues au premier plan. Entre la France et l’Allemagne, cela fait plusieurs mois que la relation bat de l’aile. Régulièrement les deux capitales affichent leurs désaccords. Régulièrement elles font mine de se rapprocher, sans réellement convaincre de la solidité de leur réconciliation. Mais, sur le fond, leurs différends s’accumulent, que ce soit sur le nucléaire, la fin des moteurs thermiques ou la relance de l’accord de libre-échange avec le Mercosur.

Le nucléaire : sujet inflammable

« Ce n’est pas un sommet à la carte » où chacun peut mettre sur la table ses sujets de politique nationale, a rappelé Xavier Bettel, le premier ministre luxembourgeois. De fait, Emmanuel Macron et Olaf Scholz connaissent tous deux des difficultés dans leur pays ; le président français parce qu’il doit affronter des mouvements sociaux après l’activation de l’article 49.3 de la Constitution pour faire adopter sa réforme des retraites ; le chancelier allemand parce qu’il peine à gérer sa coalition entre le SPD dont il est issu, les Verts et les libéraux du FDP.

Côté français, l’Elysée avait prévenu : le président se saisirait de la question politiquement inflammable du nucléaire qui, depuis des semaines, empoisonne la vie communautaire, tant elle divise des deux côtés du Rhin et oppose les Européens en deux blocs. Paris et ses alliés d’Europe orientale et centrale sont las des pressions exercées par Berlin, qui amèneraient la Commission et sa présidente allemande, Ursula von der Leyen, à des « incohérences ».

Bien qu’il soit une énergie décarbonée, le nucléaire n’est pas traité de la même manière – et n’a donc pas droit aux mêmes aides – dans le projet de loi destiné à renforcer l’industrie verte, dans le texte pour développer l’hydrogène ou dans la proposition de réforme du marché de l’électricité. « On ne peut pas dire oui au nucléaire le lundi, non le mardi et peut-être le mercredi », résume l’Elysée, qui appelle les Européens à « décider une fois pour toutes » du sort qui doit être réservé à l’atome. Si possible, dans le bon sens.

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