Succession au Groupe Barrière, la haine en héritage

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Cette maison située Villa Montmorency, une enclave pour riches située dans le 16e arrondissement de Paris, Dominique Desseigne l’avait spécialement choisie et fait aménager avec lit médicalisé et accessibilité pour les besoins de son épouse, Diane, atrocement blessée dans un accident d’avion en 1995. C’est là qu’elle a passé les dernières années de sa vie en fauteuil roulant, entrecoupées de dizaines de séjours à l’hôpital. Là, aussi, que ses deux enfants, Alexandre et Joy, ont grandi. C’est sous ce même toit, enfin, que l’aîné, âgé de 36 ans, a décidé d’éjecter brutalement son père de son poste de PDG du groupe Barrière, qu’il occupait depuis plus de vingt ans. Un groupe ? Un empire, plutôt : 32 casinos, 19 hôtels de luxe, quelque 150 restaurants et près de 7 000 employés.

Que s’est-il noué de si douloureux dans cette spacieuse demeure pour que la relation entre le père et son fils vire soudainement au cauchemar ? Le petit monde des affaires a été saisi d’effroi en apprenant, en avril, la brutale mise à l’écart de M. Desseigne, 78 ans, de toutes ses fonctions exécutives. Quand son fils Alexandre a fait savoir qu’il avait officiellement rayé le patronyme de son père de son état civil pour se faire rebaptiser Barrière, du nom de sa mère défunte, les mêmes observateurs ont compris qu’il n’était pas question là d’une banale histoire de succession. Changer de nom, comment mieux signifier, en effet, sa détestation d’un géniteur ?

Personne, dans l’entourage de la famille, n’avait mesuré qu’une telle haine s’était tapie dans les salons douillets de la Villa Montmorency. Certes, on ne voyait pas beaucoup le père et son fils ensemble. Quand il ne travaille pas, le premier, crinière au vent, aime arpenter les festivals de cinéma, bronzer dans les contrées chaudes et jouer au tennis ; son fils, cheveux coupés à ras, sourcils toujours froncés, fuit les mondanités et ne semble se plaire que dans les pays froids.

La salle de punto banco du Club Barrière, sur les Champs-Elysées, à Paris, le 27 juillet 2022.

Même à Deauville (Calvados), le fief historique de la fortune de la famille, qui y possède trois palaces, un casino et plusieurs restaurants, ils ne font que se croiser. Le père passe régulièrement ses week-ends d’hiver au Normandy, sur le front de mer, où il peaufine son revers au tennis quand le fils s’installe une poignée de jours, l’été, à l’Hôtel du Golf, dans les terres, le temps du tournoi de polo et de la remise du Trophée Diane-Barrière.

Malgré tout, de l’extérieur, l’entente pouvait paraître bonne. Les deux hommes ne travaillaient-ils pas ensemble au sein du groupe depuis 2014 ? Le fils n’avait-il pas pris régulièrement du galon depuis, jusqu’à devenir directeur de la stratégie et du développement ? Et, surtout, Alexandre n’a-t-il pas habité avec son père dans la fameuse maison de la Villa Montmorency jusqu’à l’âge de 35 ans ? Plutôt rare à cet âge quand on a les moyens de vivre où l’on veut. Il ne devait pas s’y sentir trop mal. C’est, en tout cas, ce qu’a voulu croire Dominique Desseigne, que ses amis décrivent comme « le roi du déni ». Malgré son âge et une légère maladie de Parkinson qu’il soigne et ne dissimule plus, il porte encore beau, mais c’est un homme profondément attristé et en état de sidération que ses proches ne cessent, depuis, de réconforter.

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