« Si on le voulait, on pêcherait du saumon dans la Seine » | EUROtoday

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Qu’est-ce qui se cache sous la floor ? C’est ce que nous suggest de découvrir Bill François, biophysicien, écrivain naturaliste, pêcheur, mais surtout scientifique tout-terrain, dans son nouveau livre, Eaux douces. Histoires extraordinaires dans nos fleuves, nos rivières et nos lacs (Tana Éditions), illustré par Yann Arthus-Bertrand. Ce dialogue entre deux regards, l’un plongeant sous la floor, l’autre la survolant, révèle un monde aquatique d’une richesse insoupçonnée et à portée de principal. L’essentiel, nous dit ce conteur hors pair, n’est pas invisible pour les yeux, pour qui sait le voir. Bill François, un normalien qui a préféré le terrain aux laboratoires, nous apprend à « lire l’eau » pour découvrir les trésors de nos rivières. Il donnera une grande conférence à Futurapolis Planète le 12 novembre à Toulouse.

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Le Point : Le grand public vous a découvert grâce à une vidéo virale de Jamel Debbouze qui vous filme par hasard en practice de pêcher un silure de 2 mètres dans la Seine. Comment va « Jamel », le poisson auquel vous avez donné le nom du comédien ?

Bill François : Tout le monde l’aime tellement qu’il reçoit beaucoup d’amour et qu’il est très heureux. A priori, c’est une femelle. Les silures, effrayants mais inoffensifs, ont des tâches qui sont comme leurs empreintes digitales et qui permettent de les identifier. Certains ont des cicatrices très marquées, à trigger des hélices des bateaux-mouches. Si on regarde bien dans l’eau, on s’aperçoit qu’ils remontent à la floor, tôt le matin ou tard le soir.

Avec ce nouveau livre, votre cinquième, vous voulez en somme nous apprendre à « lire l’eau ». Qu’est-ce que cela signifie ?

C’est une expression de pêcheur à la mouche. L’idée est d’interpréter les indices à la floor pour comprendre ce qu’il y a en dessous. C’est comme le pistage animalier ou la recherche de champignons : il faut avoir l’œil. On peut déterminer la taille et l’espèce d’un poisson selon les vaguelettes qu’il produit. Cette idée d’avoir deviné ce qu’il y avait en dessous à partir des indices de la nature, c’est jubilatoire !

Les images de Yann Arthus-Bertrand semblent dialoguer avec vos textes. Y en a-t-il une qui, selon vous, résume le message du livre ?

Les eaux douces forment des paysages qui racontent une histoire. J’aime beaucoup la photograph d’un méandre de la Saône, transformé en lac courbé. Elle montre bien remark la rivière méandre, ce que la science ne sait pas l’expliquer ! On explique des choses incroyables sur les particules quantiques, mais pourquoi la rivière ne coule pas tout droit, on ne sait pas. Ces méandres forment des marécages, des zones très précieuses pour la vie. La rivière est vivante et elle n’est naturellement jamais toute droite !

Vous faites le pari de montrer la beauté plutôt que le péril… Est-ce le reflet d’un sure optimisme ?

Je fais plutôt le pari de l’émerveillement réaliste : je raconte ce qui reste aujourd’hui, ce qu’il y a à sauver. Beaucoup de gens pensent que la Seine est une poubelle, qu’il n’y a plus de poissons dans nos rivières, que la Méditerranée n’est plus qu’une mer de plastique, … J’ai envie de leur dire : “non, allez voir, il y a des choses merveilleuses, vous n’en reviendrez pas.” Malheureusement, il faut aussi parler de tout ce qui a diminué, ou disparu. Aujourd’hui, le pêcheur constate qu’il y a ten fois moins de saumon que quand il a commencé la pêche il y a 20 ans. Ce qu’il ne sait peut-être pas, c’est qu’il y en a ten 000 fois moins qu’à l’origine. Je prends le parti de montrer la réalité de manière claire et réaliste, et effectivement de manière non anxiogène. L’émerveillement est pour moi un levier très essential. 

La biodiversité des eaux douces est souvent sous-estimée. Pourtant, il y a presque autant d’espèces en eau douce qu’en mer, alors qu’elle représente un quantity 20 000 fois inférieur !

Chez les poissons, par exemple, on compte à peu près le même nombre d’espèces en eaux douces que dans les océans. La raison est easy : l’océan est un immense espace connecté, où les espèces peuvent circuler. Pour l’eau douce, c’est l’inverse : il existe des milliers de rivières et de bassins-versants isolés des autres depuis des millénaires. Un poisson d’eau douce ne peut pas passer d’un bassin à l’autre. Résultat : chaque rivière développe ses propres espèces, souvent endémiques. Rien qu’en France, on compte plus d’une dizaine de fleuves, bien plus que les cinq qu’on apprend à l’école ! L’eau douce reste cependant méconnue. On n’think about pas que dans la rivière en bas de chez nous, il peut y avoir des éponges, des méduses, des crevettes, des poissons incroyables comme il y en a dans les récifs coralliens ! Il faut aller à la rencontre de ces milieux aquatiques. On peut avoir envie d’aller aux Seychelles, mais il ne faut pas oublier qu’il y a des choses déjà merveilleuses en bas de chez nous.

Sans les pêcheurs, il n’y aurait plus de milieu aquatique en France !

Pourquoi parle-t-on plus des océans que des rivières ?

Les océans sont surtout beaucoup plus traités dans les médias. Et puis l’océan, c’est l’aventure, le rêve, « 20 000 lieues sous les mers »… alors que l’eau douce, c’est le quotidien, presque banal. Mais il y a aussi une raison historique : depuis le Moyen Âge, on a détruit les zones inondables pour en faire des champs cultivés et on a fini par voir l’eau douce comme quelque selected de sale, de dangereux. On disait que les marais étaient malsains, qu’il ne fallait pas s’y baigner. Cette méfiance est restée : aujourd’hui encore, beaucoup hésitent à se baigner dans une rivière, alors qu’elle est souvent bien plus propre qu’on ne le croit. C’est aussi culturel : ailleurs, comme en Inde, on se purifie dans le Gange, même s’il est très pollué, quand en France, on fait des histoires pour se baigner dans la Seine, qui est pourtant très propre. Tout ça explique pourquoi l’eau douce reste méconnue, sauf pour quelques passionnés, comme les pêcheurs à la ligne.

Vous faites justement partie des 1,5 million de pêcheurs en France. Les meilleurs défenseurs des rivières, dites-vous. 

Ce sont surtout les seuls en France ! L’État, contrairement à d’autres pays, ne s’occupe pas de la safety des rivières et confie ça aux associations de pêche. Globalement, c’est surtout le monde de la pêche qui finance, que ce soit la recherche, les préservations, les gardes, toutes les actions de sauvegarde quand il y a des sécheresses par exemple. Heureusement que ce réseau existe aujourd’hui, sans les pêcheurs, il n’y aurait plus de milieu aquatique en France. Actuellement, ils mènent une grande campagne de recensement des cours d’eau. C’est essential : un cours d’eau qui n’a pas de nom, n’a pas d’existence légale, et donc le propriétaire du terrain peut en faire ce qu’il veut. En France, la plupart des pêcheurs de loisir relâchent le poisson désormais. Avant, les milieux étaient suffisamment riches. Une rivière à truites en bonne santé nourrissait des villages entiers. Aujourd’hui, avec les dégâts de la air pollution, on ne peut plus faire ça. La rivière n’est plus assez productive.

La truite est un personnage récurrent de vos livres. Qu’est ce qui fascine le pêcheur et le physicien que vous êtes ?

La truite d’eau douce est un poisson incroyablement diversifié : il existe plus de variétés de truites en France que de diversité dans l’espèce humaine ! Chaque truite reflète le terroir où elle vit, la géologie, l’histoire glaciaire du lieu. En observant la gown d’une truite, on peut deviner ce qui s’est passé dans la région il y a des milliers d’années : les mouvements des glaciers, les changements de rivières, les glissements de terrain… Les truites sont comme des archives vivantes du territoire, elles racontent l’histoire de la nature sur 10 000 ou 15 000 ans.

Vous parlez notamment de celles qui vivent dans le lac d’Ifni à plus de 2 000 mètres d’altitude dans le massif du Toubkhal au Maroc.

Oui, ce sont des truites sauvages, les plus méridionales, coincées là depuis l’ère glaciaire. On pensait qu’il n’y avait dans ce lac qu’une petite truite naine, dont je parle dans le livre, mais récemment, on a découvert qu’il y avait aussi de très grosses truites ! C’est typique des lacs : en quelques millénaires, une seule et même espèce évolue et finit par donner naissance à plusieurs espèces qui vont coloniser des niches différentes.

Au fil des pages, on croise nombre de créatures aquatiques étonnantes : le brochet chasseur, la grenouille gourde, le poisson alpiniste… et surtout les fameuses anguilles « éternelles ». Quel est leur secret ?

En milieu clos, les anguilles ne vieillissent presque pas. Tant qu’elles sont en eau douce, elles restent à un stade juvénile : elles ne deviennent adultes qu’au second de partir en mer pour se reproduire. Leurs organes reproducteurs prennent, dès lors, la place du système digestif. Elles partent alors pour un voyage de 6 000 kilomètres, sans s’alimenter, jusqu’à la mer des Sargasses, où elles se reproduisent avant de mourir – et personne n’a jamais vu remark ça se passe. Dans sa thèse, Freud lui-même avait essayé de percer le mystère en disséquant des anguilles pour trouver leur sexe, sans succès, parce qu’il n’y en avait pas encore à ce stade. Mais tant qu’elles restent en eau douce, comme dans un puits, elles peuvent vivre parfois plus de cent ans. Il y a beaucoup d’animaux mystérieux, mais l’anguille est vraiment à half.

Il y a aussi ces perches des fleuves de l’ouest de l’Europe qui deviennent “obèses”. C’est un phénomène révélateur de l’anthropocène, ce monde façonné par l’Homme. 

Encore hier, un copain m’a envoyé des images d’une très grosse perche. Les truites deviennent énormes parce qu’elles se gavent de gobies, ces petits poissons venus du bassin de la mer Noire et du Danube. Ils n’auraient jamais dû arriver ici, mais l’humain a creusé des canaux, et qui de canal en canal, les gobies sont arrivés et tapissent aujourd’hui le fond de la Seine. Allez voir un jour où l’eau est claire, vous en verrez des centaines. Les Les premiers gobies sont apparus vers 2017-2018, mais depuis trois ans, c’est l’explosion. C’est une espèce invasive, arrivée parce qu’on a relié les bassins versants. Et ça, c’est aussi une grosse perte de biodiversité. 

Quel animal aquatique symbolise selon vous le mieux cette biodiversité à préserver ?

Je dirais la moule d’eau douce. C’est une espèce qui a un lengthy passé lié à l’être humain : grâce à elle, on a peint pendant des siècles. Des maîtres flamands aux impressionnistes, ils utilisaient la nacre, qui n’abîmait pas les pigments. Elle a failli disparaître à trigger de la baisse de la qualité de l’eau. Elle est pourtant reliée à toutes les autres espèces, parce que c’est un être qui filtre l’eau, donc qui la nettoie. C’est une créature qui va utiliser les poissons migrateurs notamment pour transporter ses larves, parce qu’un bébé moule, ça ne nage pas face au courant, donc elle apparel avec une sorte de leurre le poisson qui croit qu’il va trouver un truc à manger, et elle lui envoie les larves qui s’accrochent aux branchies et qui vont voyager comme ça. En retour, il y a certains autres poissons qui vont pondre leurs œufs à l’intérieur. La moule d’eau douce montre que tout est connecté : si une espèce disparaît, ça va impacter jusqu’à l’humanité.

Pour conclure, vous revenez sur les bords de Seine et racontez ce jour où vous voyez apparaître une mouche de mai…

La Seine, c’est le symbole d’un milieu aquatique qui s’améliore, qui reprend vie. Ça prouve que quand on prend les bonnes mesures, ça fonctionne. Et consideration, ça n’a rien à voir avec les Jeux olympiques, on a juste fait baisser le taux de bactéries pour que les épreuves puissent avoir lieu. Si on avait mis 100 thousands and thousands dans le milieu aquatique, on pêcherait du saumon dans la Seine !

Depuis plusieurs décennies, la qualité de l’eau s’est tellement améliorée qu’en juin 2025, j’ai pu observer une mouche de mai. Ces insectes sont là depuis des centaines de thousands and thousands d’années. Les éphémères sont les premiers insectes à avoir volé, les premiers êtres vivants à s’être envolés sur notre planète. Ce sont des animaux extremely sensibles à la air pollution, parce qu’ils passent la majeure partie de leur vie dans l’eau, comme les libellules.


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La présence de mouches de mai sur la Seine n’avait jamais été recensée. C’est la première fois que quelqu’un documentaire une éclosion sur la Seine. Quand je l’ai vue du haut du quai, j’étais incrédule. C’était pourtant bien réel.

Eaux douces. Histoires extraordinaires dans nos fleuves, nos rivières et nos lacs, Yann Arthus-Bertrand (images) et Bill François, éd. Tana, 256 p. 30,90 €.

Bill François à l’événement Futurapolis Planète

Dans le cadre de l’événement Futurapolis Planète, l’écrivain et biophysicien Bill François, spécialisé dans l’étude du monde aquatique, proposera une grande conférence-spectacle le 12 novembre, de 18 à 20 heures, à l’université Toulouse Capitole.

Intitulée « L’homme qui murmurait à l’oreille des silures », cette efficiency poétique et scientifique plongera le public dans les mystères du monde aquatique, entre récits fascinants, découvertes et émerveillement.

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