L’essentiel du procès libyen en appel de Nicolas Sarkozy : “C’est à M. Guéant de s’expliquer” | EUROtoday

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“J’ai été surpris, interloqué, parfois j’ai eu l’impression de ne pas avoir affaire à la même personne.” Interrogé tout au lengthy de la quatrième semaine du procès en appel de l’affaire du financement libyen de sa campagne présidentielle 2007, Nicolas Sarkozy a pris ses distances avec son ancien secrétaire général de l’Élysée, Claude Guéant, qui est soupçonné d’avoir participé à la mise en place d’un “pacte corruptif” lors d’une rencontre en Libye avec Abdallah Senoussi à l’automne 2005.

L’ancien président de la République et neuf coprévenus sont jugés en appel depuis le 16 mars et jusqu’au 3 juin. En première occasion, le 25 septembre 2025, le tribunal correctionnel de Paris a déclaré Nicolas Sarkozy coupable d’affiliation de malfaiteurs et l’a condamné à cinq ans d’emprisonnement ferme, 100 000 euros d’amende, l’interdiction de toute fonction publique pour cinq ans et une privation de ses droits civils et civiques pour la même durée, en raison d’une “corruption au plus haut niveau” d’une “exceptionnelle gravité”. Entré le 21 octobre à la jail de la Santé sous les caméras du monde entier, Nicolas Sarkozy a obtenu sa mise en liberté sous contrôle judiciaire trois semaines plus tard. C’est désormais un nouveau marathon judiciaire qui a commencé pour l’ancien président de la République qui espère ne pas retourner derrière les barreaux.

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• Mardi 7 avril : Nicolas Sarkozy pointe une “erreur” de Guéant et Hortefeux

Depuis l’ouverture du procès mi-mars, l’angle réservée de l’ex-chef de l’État (2007-2012) tranche avec sa posture prolixe et bouillonnante du procès en première occasion. C’est dans ce model plus sobre que Nicolas Sarkozy a entamé ses journées d’interrogatoire, grave, s’employant à répondre posément au président de la cour, Olivier Géron. Mais sur le fond, il ne varie pas : “Il n’y a pas eu le moindre pacte”, “il n’y a pas un centime d’argent libyen dans ma campagne”.

Au cœur de l’interrogatoire, les rencontres de Claude Guéant et Brice Hortefeux avec Abdallah Senoussi, condamné à perpétuité en France en 1999 pour avoir commandité un attentat contre un DC-10 qui, dix ans plus tôt, avait coûté la vie à 170 personnes, dont 54 Français. Ce sont notamment ces rencontres qui ont valu à Nicolas Sarkozy sa condamnation en première occasion à cinq ans de jail ferme.

L’ancien président comprend la “colère” et le “chagrin” des proches des victimes de l’attentat. Mais “on ne répare pas une souffrance par une injustice : je suis innocent”, répète-t-il à la barre sous les yeux de son épouse Carla Bruni-Sarkozy.

“La vérité c’est que jamais, jamais, je n’ai promis ou agi en faveur de M. Senoussi”, qui était en quête d’une grâce ou d’une amnistie après sa condamnation, a encore martelé l’ex-président.

Toutefois, en laissant l’intermédiaire franco-libanais Ziad Takieddine s’immiscer dans l’organisation de son déplacement en Libye en octobre 2005, préparatoire à sa propre visite, Claude Guéant “commet une erreur”, “alors qu’il me représente”. “La ligne est franchie à ce moment-là”, estime l’ancien chef de l’État.

Claude Guéant, qui n’assiste pas à ce nouveau procès pour raisons de santé, avait expliqué en première occasion s’être retrouvé à dîner avec Senoussi après être tombé dans un “piège” fomenté par Takieddine.

“Je ne comprends pas pourquoi il a accepté ce dîner”, s’interroge Nicolas Sarkozy, qui suppose que son bras droit avait “surestimé les connaissances et l’entregent de M. Takieddine” en Libye.

Précis dans son interrogatoire, pugnace, Olivier Géron peine parfois à dissimuler ses doutes : compte-tenu du risque politique que lui faisaient courir ses collaborateurs en taisant leurs tête-à-tête clandestins, “est-ce que c’est crédible qu’ils ne vous disent rien ?”

En l’absence de Claude Guéant, Nicolas Sarkozy émet une hypothèse : s’il l’avait fait, son directeur de cupboard ne lui aurait laissé que deux options, le sanctionner, ce qu’il ne voulait sans doute pas, ou ne pas le faire, ce qui engageait sa responsabilité. Et Nicolas Sarkozy d’insister : Claude Guéant “dit qu’il ne m’en a pas parlé, moi j’affirme qu’il ne m’en a pas parlé”.

Même selected pour Brice Hortefeux qui a expliqué s’être tu parce qu’il avait été “vexé” d’avoir été piégé et parce qu’il ne s’était finalement “rien passé” lors d’un entretien où il n’aurait jamais été query d’un quelconque financement politique occulte.

Cette rencontre, quelques semaines après sa visite officielle, était “une erreur”, tranche Nicolas Sarkozy. Certes, il croit son ami, est convaincu qu’il s’est “vraiment fait piéger”. Mais si Brice Hortefeux a été “victime ensuite”, il a été “imprudent d’abord”, cingle-t-il. Comme Claude Guéant.

Quant à Ziad Takieddine, il ne donnera pas sa model : il est décédé en septembre dernier.

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© France 24

• Mercredi 8 avril : Nicolas Sarkozy argue d’une machination du clan Kadhafi

Au deuxième jour de son interrogatoire, Nicolas Sarkozy réitère sa thèse d’une accusation montée de toutes pièces par le clan Kadhafi par “haine” pour son rôle dans la chute du régime.

Début 2011, la imprecise du Printemps arabe partie de Tunisie s’étend à la Libye, gouvernée d’une fundamental de fer depuis 42 ans par Mouammar Kadhafi. En quelques semaines, la répression sanglante de manifestations contre le régime fait sombrer le pays dans la guerre civile.

C’est au milieu de ce bouleversement worldwide que le 10 mars 2011, Nicolas Sarkozy reçoit à l’Élysée des membres du Conseil nationwide de transition (CNT) et reconnaît l’establishment comme seul représentant légitime de la Libye.

“C’est un choc pour Kadhafi (…) Il ne supporte pas qu’un chef d’État de la France reçoive quelqu’un qui représente la Libye, qu’il incarne depuis 40 ans”, déclare Nicolas Sarkozy, aussi tenace que nerveux à la barre de la cour d’appel de Paris. “Je suis le premier à avoir reconnu le CNT. Là est l’insulte profonde pour Kadhafi. Pour lui, la Libye, c’est lui”.

Concomitamment à cette rencontre en France, l’agence de presse officielle libyenne Jana publie une dépêche affirmant “qu’un grave secret va entraîner la chute de Sarkozy, voire son jugement en lien avec le financement de sa campagne électorale”. C’est la première évocation publique de cette affaire qui vaut à l’ex-président d’être jugé quatorze ans plus tard en appel à Paris, après une condamnation à cinq ans de jail en première occasion.

Dans les jours qui suivent ce communiqué, Mouammar Kadhafi et son fils Saïf al-Islam évoquent eux aussi en interview ce financement de sa campagne électorale de 2007, qui a permis à l’ex-ministre de l’Intérieur de Jacques Chirac d’accéder à l’Élysée.

“Il y a sept mois entre le moment où les frappes [de l’Otan, NDLR] commencent et le moment où Mouammar Kadhafi est chassé du pouvoir. Sept mois pour me confondre, pour m’accabler. Qu’est-ce qui les empêchait de le faire ?”, martèle le prévenu le plus célèbre de France, en affirmant que “la cour comme le tribunal n’ont pas eu le début du commencement d’une preuve, une adresse de banque, un numéro de compte, pas une seule !”.

“A-t-on trouvé de l’argent dans la campagne ? Non. Ont-ils fourni des preuves ? Non. M’ont-ils injurié ? Oui, mais l’injure est-elle un élément de preuve ?”, lance Nicolas Sarkozy.

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Le président Olivier Géron le confronte aux carnets posthumes de Choukri Ghanem, un doc accablant pour l’ex-président automobile antérieur aux accusations publiques du régime libyen.

Découvert par hasard par la police néerlandaise après la mort en 2012 du ministre du Pétrole libyen, ce journal évoque une dialogue le 29 avril 2007, entre les deux excursions de la présidentielle française, entre dignitaires libyens autour d’un financement accordé à la campagne Sarkozy.

“Il me semble difficile d’apporter du crédit d’autant plus que Béchir Saleh [un responsable libyen jugé en son absence et cité dans les carnets, NDLR] a lui-même apporté un démenti formel de cette discussion”, balaye Nicolas Sarkozy.

L’ex-président met les accusations de financement libyen sur le compte de “la haine viscérale de la famille Kadhafi” à son encontre, à trigger du rôle prépondérant de la France dans l’intervention militaire en Libye de l’Otan, qui a mené ses premières frappes aériennes à compter du 19 mars 2011.

“Un régime en place depuis plus de 40 ans s’écroule tout d’un coup. Cela provoque une panique chez ces gens qui vont devoir rendre des comptes sur l’argent qu’ils ont détourné de leur propre pays. C’est ça l’histoire”, avance le champion déchu de la droite, deux condamnations définitives au casier judiciaire à ce jour.

• Jeudi 9 avril : Nicolas Sarkozy se distancie encore plus de Claude Guéant

Nicolas Sarkozy prend jeudi encore un peu plus ses distances avec son ancien bras droit, Claude Guéant, disant avoir été “surpris” par les faits révélés par la procédure judiciaire.

Dans ce file à tiroirs, l’ancien secrétaire général de l’Élysée est notamment accusé d’avoir accepté une montre de luxe puis 500 000 euros de l’intermédiaire Alexandre Djouhri, sans déclarer cette somme au fisc.

“M. Guéant était un collaborateur remarquable. Le Guéant que j’ai connu et apprécié ne ressemble pas aux épisodes que j’ai lus dans ce dossier”, a déclaré l’ancien président en répondant à une query d’un des avocats généraux, au troisième jour de son interrogatoire devant la cour d’appel de Paris.

“J’ai été surpris, interloqué, parfois j’ai eu l’impression de ne pas avoir affaire à la même personne”, a-t-il ajouté.

Aujourd’hui âgé de 81 ans, Claude Guéant a été condamné à six ans de jail pour cette infraction, mais aussi pour corruption, trafic d’affect passive ou encore fake et utilization de fake. Le tribunal n’a pas assorti cette peine de mandat de dépôt, en raison de ses problèmes de santé, qui l’empêchent d’assister au procès en appel.

Mercredi, interrogé par le président de la cour, Olivier Géron, sur le fait que Claude Guéant avait brassé de grosses sommes d’argent en espèces, Nicolas Sarkozy a indiqué trouver cela “extrêmement étrange”. “C’est à M. Guéant de s’expliquer et présenter des explications crédibles”, a-t-il ajouté.

“Est-ce que vous avez la certitude que vos intérêts et ceux de vos collaborateurs étaient totalement identiques ?”, l’a relancé le magistrat. “J’en avais la certitude, depuis que je me plonge dans le dossier, je l’ai moins”, a répondu l’ancien chef de l’État.

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Nicolas Sarkozy s’est par ailleurs expliqué jeudi matin sur ses déclarations virulentes après sa condamnation en première occasion à cinq ans de jail avec exécution provisoire, invoquant les avoir tenues en “état de choc”.

À la fin de son tour de questions, un avocat des events civiles, Me Vincent Ollivier, est revenu sur ses propos tenus le 25 septembre dernier, juste après l’annonce de sa lourde condamnation. À la sortie de la salle d’viewers, brûlant d’une colère froide, Nicolas Sarkozy avait lancé aux caméras que “la haine n’a décidément aucune limite”.

La virulence de ce terme avait mené plusieurs hauts magistrats, dont le procureur nationwide financier de l’époque, à prendre la parole pour y répondre.

“Chacun peut comprendre l’état de choc dans lequel se trouve celui qui apprend qu’il est condamné à cinq années de prison, et que de surcroît il y aura une application immédiate, alors même que ce point n’avait fait l’objet d’aucun débat à l’audience”, s’est justifié l’ex-chef de l’État à la barre.

“J’ai dit le mot ‘haine'”, a-t-il poursuivi. “Dans mon esprit, il visait un certain nombre de personnes. Il visait les kadhafistes (…), il visait l’officine Mediapart qui me poursuit de cette haine depuis des années, il visait aussi une partie du réquisitoire du parquet national financier qui avait prononcé de mon point de vue des propos qui semblaient peu juridiques et plus politiques”.

“Est-ce que je le redirais de cette manière, sans doute pas. Est-ce que c’était mon état d’esprit à ce moment-là ? Oui”, a ajouté l’ancien président de la République.

“Pour le reste je crois avoir démontré tout au long de ce long calvaire judiciaire que je respectais l’institution, que je déférais à toutes les convocations, que j’essayais de répondre le mieux possible”, a souligné le prévenu de 71 ans, reconnaissant que son artwork oratoire politique n’était peut-être parfois “pas adapté aux réalités d’un procès”.

Avec AFP

https://www.france24.com/fr/france/20260410-essentiel-proces-libyen-en-appel-de-nicolas-sarkozy-claude-gueant-brice-hortefeux-abdallah-senoussi